Lettre du Mois

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Deuxième regard sur la "retraite"

 Le mois dernier j’ai abordé le thème de la retraite, énonçant  les découvertes faites personnellement en débutant cette nouvelle tranche de vie.

Ce mois ci j’aborderai ce thème, à partir des questionnements et  réticences entendues autour de moi, lorsque j’ai annoncé mon nouveau statut de retraitée.

Beaucoup de personnes m’ont demandé si je m’étais préparée à ma retraite : je pense qu’il est impossible de s’y préparer (sauf administrativement) car cette expérience mène de surprise en surprise : en outre c’est une illusion de croire que je peux savoir de quoi demain, jour de ma pension, sera fait, pas plus que je ne peux savoir ce qui m’arrivera dans une heure : mais nous nous berçons d’illusions , jusqu’au jour où nous acceptons d’explorer ce que la vie nous propose à chaque instant, comme un grand jeu, sans contraintes, avec l’esprit de découverte et d’émerveillement de l’enfant.

La difficulté principale à passer ce cap de la retraite, est à mon sens en lien avec une identification à une image à avoir en tant que professionnelle ou aux actions professionnelles : j’avais déjà eu l’occasion de travailler ces thèmes au cours de ma carrière, une thérapeute étant invitée à se désidentifier de « ce qu’elle fait » pour se rapprocher de « qui elle est » au plus profond d’elle même. A présent, à ma retraite j’ai l’occasion de faire le point sur ce chemin de désidentification parcouru, car la grande question qui se repose à moi est « qui suis-je, à quoi je sers » si je ne « fais » plus rien ? La retraite est une merveilleuse occasion « d’être », tout simplement, d’expérimenter ce que chaque instant nous propose sans idée préconçue, anticipation ou habitude, de rayonner notre originalité, notre singularité, sans essayer de coller à une image imposée par le monde extérieur, familial ou professionnel en particulier, et sans s’arrêter au regard des autres.

L’autre grande crainte entendue  est  « l’ennui », mais je ne peux en parler car c’est un sentiment que je n’ai jamais connu, grâce à une grande curiosité face à la vie. Mon esprit de recherche est très aiguisé et m’offre ainsi 1001 sujets à explorer. Mais pour ceux que cette question pré occupe, il existe dans chaque commune des activités culturelles, artistiques, sociales ou sportives programmées pour les ainés, sans oublier « l’Université des ainés » qui propose un large choix de cours à suivre selon les centres d’intérêts de chacun.

Enfin, il est important de ne pas associer le terme « retraite » avec « être en retrait » : que du contraire, on peut d’autant plus être présent à tout ce qui se passe autour de nous, aux personnes que nous croisons,  car nous en avons le temps. La retraite ne doit pas être confondue non plus avec la vieillesse, un autre sujet à démystifier d’ailleurs, pas plus qu’elle n’implique la désocialisation, l’inutilité, la morosité, la précarité, le non sens...

La retraite permet de privilégier « l’être » au « faire » et de modifier le « faire » en se  posant la question sur ce qui motive mon action : est ce que j’agis pour me sentir utile, par souci de productivité, pour donner du sens à ma vie, pour atteindre un objectif, pour suivre un projet ? Ou plutôt pour concrétiser l’énergie qui m’habite, me laisser porter par la vie jusque dans mes actions : choisir mes actions, agir d’une manière qui me correspond, qui me nourri, qui me vitalise plutôt que de consommer mon énergie.

Un grand sentiment de liberté est occupé à grandir en moi : à tout moment je peux choisir de programmer une activité ou au contraire de me laisser guider par la vie au travers de surprises ou imprévus, de provoquer une rencontre ou au contraire d’être attentive à qui croisera mon chemin aujourd’hui, ou enfin, de me laisser bercer dans un moment contemplatif ou méditatif, seule, chez moi ou dans la nature. Je peux mettre en place à ma guise mes priorités (pour autant bien sur qu’elles soient déjà claires pour moi), sans culpabilité pour le temps quelles me prendront sur une journée. Mon seul repère à présent est la présence d’une paix intérieure qui s’installe lorsque mes choix sont justes et bienveillants pour moi.

Voilà ce que j’avais à cœur de partager avec vous après cinq mois seulement d’exploration : je suis certaine de ne pas être au bout de mes découvertes, et reviendrai vers vous pour vous en faire part et surtout pour démystifier ce passage qui semble faire peur à de nombreuses personnes, une peur parfois cachée derrière un langage frisant le mépris, l’envie ou la jalousie, mais, je le répète, prendre ma retraite fut un choix que chacun est libre de faire ou non. 

S’ouvre à moi une autre réflexion en rédigeant ces lignes : comment pourrions-nous remodeler la vie professionnelle pour qu’elle puisse être teintée de ce même sentiment de liberté et de fluidité ? Une vaste question que je laisse à votre réflexion.